Trump menace, Warsh décide, l'inflation impose | Swiss Bliss
Le Trésor américain a annoncé cette semaine qu'il rachetait sa propre dette à long terme pour faire baisser les taux. Les taux ont monté.
C'est comme aller aux enchères racheter votre propre voiture pour tenir le prix. Tout le monde vous voit faire, et plus personne ne mise.
Le 30 ans américain est allé chercher 5,37% jeudi, plus haut depuis 2007. Le 10 ans a tutoyé les 5%. Et vendredi soir, après la détente, il était TOUJOURS au-dessus du niveau où il se trouvait avant que Bessent annonce ses rachats.
Quatre institutions ont essayé cette semaine d'acheter un prix qu'elles ne contrôlent pas. Le Trésor a essayé d'acheter ses taux. La BCE a essayé d'acheter sa crédibilité en montant à 2,5% face à une inflation à 3%. Novartis a essayé d'acheter sa croissance future pour douze milliards de dollars. Et Donald Trump essaie d'acheter une baisse de taux à coups de menaces commerciales.
Zéro sur quatre.
Pendant ce temps, le marché a trié. Il a gardé le CPI américain de vendredi, parfaitement conforme aux attentes. Et il a jeté le baril qui prend 8,7% sur la semaine et passe les 100 dollars, le diesel américain à plus de six dollars le gallon pour la première fois de l'histoire, les Houthis qui prennent le contrôle de Bab el-Mandeb — c'est-à-dire le deuxième détroit, celui qui servait à contourner le premier —, l'Arabie saoudite qui ferme son oléoduc Est-Ouest, une production saoudienne au plus bas depuis 1990, et l'écart entre la France et l'Allemagne au plus large depuis 2012.
Vendredi soir, Wall Street a fini en hausse de 1%. Le jour où elle a appris avec certitude qu'elle allait se prendre une hausse de taux.
Au programme de ce Swiss Bliss :
Pourquoi les Saoudiens se retrouvent coincés entre les deux détroits en une seule semaine, et pourquoi il n'y a pas de plan B — le plan B, c'était justement ça.
Pourquoi un dixième de pourcent d'écart sur le core CPI a fait passer la probabilité d'une hausse de taux de 69% à 87% en une matinée.
Le taux réel expliqué avec un seau percé : pourquoi tant qu'il est négatif, personne ne serre rien du tout. On fait semblant, mais on se prend très au sérieux.
Novartis, ou quand le marché ne croit plus au docteur. 32 milliards de dollars évaporés en une séance, la pire journée boursière de l'histoire du groupe — pour l'échec d'un médicament que personne n'a jamais valorisé à 32 milliards. Ce que le marché a vendu, ce n'est pas une molécule. C'est le bénéfice du doute.
Richemont qui perd 4,7% le jour où le fils du président entre au conseil. Swiss Re qui baisse pour avoir dit la vérité sur le risque climatique. Et le en vrac suisse, de Clariant à Ypsomed.
Le franc suisse comme bouclier et comme boulet : le même objet.
Trois anomalies, dont celle-ci — le marché obligataire price 2,39% d'inflation sur dix ans pendant que le consommateur américain en anticipe 4,6% sur un an. Deux marchés qui regardent le même baril et qui voient deux mondes.
Et pour finir : la banque centrale la plus puissante du monde va probablement monter ses taux mercredi, et l'une des raisons statistiques qui l'y auront poussée, c'est que les opérateurs américains ont augmenté le prix de leurs forfaits mobiles au mois d'août.
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